Ma Loupiotte Bleue,
(puisque c’est ta couleur préférée)
Du haut de tes 7 années tout à fait raisonnées, tu m’annonces, une fois n’étant pas coutume, ton nouveau choix de carrière qui se trouve être l’audacieuse et noble profession de pompière-institutrice.
Je te reconnais bien là, Chair de Ma Chair, qui ne cesse de m’emplir le rôle maternel de satisfaction depuis NOS naissances en ce même jour : toi le bébé, moi la mère.
La p’tite mouflette dont j’avais orné la chambre de fées rigolotes et qui était aussi allergiques aux collants en laine que pu l’être ta génitrice, petite fille – qui ne comprenait décidément pas comment on pouvait courir durant la partie de délie-délo, un collant-qui-gratte-et-glisse-en-permanence-sur-les-gambettes et avantage à l’évidence l’équipe des garçons … Hasard ou coïncidence ? -
Le P’tit Cul-en-couche-moulé-dans-du-jean qui se servait de la poussette de sa poupée-baigneur comme d’un déambulateur pour courir et taper dans des ballons.
La Jolie Poupée fébrile et impatiente pour sa toute première rentrée des classes en p’tite-section-maternelle-niveau-1-des-petits.
Moment gravé dans ma mémoire de ta-mère : je te revois si bien installée parmi d’autre nains, à la table des plus courageux qui s’attelaient à leur coloriage, quand d’autres s’accrochaient aux futes des ingrats géniteurs qui décidaient de les abandonner, en public, en plus !
Au fil de ton embryonnaire scolarité (et tu en as encore pour quelques bonnes années, ma douce) tu t’es montrée curieuse, brillante et hardie. Sur ton dernier bulletin scolaire, ton institutrice a noté le commentaire « excellente élève, petite fille intéressée et intéressante », ce qui a permis à ta-mère de choisir son costume d’Halloween et de le porter pendant toute la semaine dans le quartier : LE PAON ! (C’est mon truc … en plumes !)
Mais je perçois bien, ma Paupiette, le questionnement qui ne manque point de poindre ( !) en toi, ces derniers temps, par tes réflexions toujours pertinentes du soir, vers 19h12, quand j’ai l’énergie d’une huître et les neurones en vrac et que je peine à répondre aux :
1) »Maman, c’est vrai que les garçons sont plus forts en maths que les filles ?
2) Maman, qu’est-ce-que je peux répondre quand Etienne m’interdit de jouer au foot parce que je suis une fille ?
3) Dis, maman, Papa il rentre plus tard du travail que toi parce qu’il rapporte plus de sous ?
3.bis) Est-ce que c’est toujours les papas qui rapportent plus de sous ?
4) C’est vrai que si on travaille bien à l’école on pourra choisir de faire le métier qu’on veut ?
4.bis) Et est-ce qu’on peut en changer si on se trompe ?
4.ter) Et est-ce qu’on peut en mélanger plusieurs qu’on aime ?
4.quater) Et est-ce qu’on peut savoir combien de sous ça gagne ?
4.sans-fin-ni-fond) Et combien de sous il faut pour avoir tout ce qu’on veut ? »
Mon Amour de Vive et Drolatique Petite Fille,
d’habitude, je me suis servie un p’tit verre d’alcool fort à l’énoncée de ta question n° 3.
Mais ce matin, à la lueur réconfortante du jour, fraîche, sobre et positive comme je sais l’être la plupart du temps, je te prononcerai ces quelques phrases que je n’aurai l’audace de qualifier d’évidences ou d’axiomes …
Elles sont cependant constatations de ma part avec tout le côté subjectif de mon expérience que j’ose, sans vergogne, totalement assumer :
du temps où je fréquentais le quartier universitaire, la rue qui séparait la Fac de Sciences de la Fac de Lettres était tout un symbole de différenciations entre deux catégories d’étudiants.
De façon tout à fait exécrable et réductrice, on avait coutume de dire que d’un côté se trouvaient les « sérieux », « les pragmatiques », les « ambitieux », les « chemises impeccables », les « situations financières plus confortables », les « ceux qu’ont de l’avenir ».
Alors que de l’autre côté, on pouvait « certainement » y rencontrer les « idéalistes », les « laxistes », les « débraillés », les « romantiques », les « fauchés comme les blés », les « infiltrés dans des sections bouchées » …
Et sans détenir les chiffres exacts de l’époque, je ne pense pas me leurrer en affirmant que la répartition, en matière de sexe opposé, (pour continuer sur cette déplaisante idée d’opposition), était majoritairement féminine en Lettres et masculine en Sciences.
J’espère néanmoins, ma Facétieuse ‘Tite Nénette, que tu ne te satisferas pas de ces pauvres données et que tu continueras de conserver cet esprit vif et interrogateur
qui m’enorgueillit le chromosome X.
Je t’en-COURAGE, en effet, à rester sur le qui-VIVE et à discerner, te forger l’esprit-CRITIQUE et oser la sédition sur le terrain de ton parcours scolaire.
Ma Fille,
contrairement à ce qu’on t’expose insidieusement depuis que ton Genre a été déterminé à la maternité,
le chemin ne sera point tout ROSE.
On n’aura de cesse de tenter de te découper selon les pointillés-du-patron-de-ta-fringue, de te ranger dans des boîtes tupperware, de te suggérer les limites soi-disant conséquentes à ton Sexe.

Tu devras louvoyer dans le fallacieux système social et éducatif communiquant, très indirectement mais très certainement, sur les prétendues failles et l’inadéquation de ton Genre à évoluer dans quelques sphères « élitistes ».
Ce qui peut sembler le plus pénible, c’est la résistance de cet odieux schéma, la difficulté à le casser ou ne serait-ce à l’ébranler.
Il y aura les périodes de doute, de découragement, les grandes interrogations, les petites victoires, le sentiment d’injustice, la nécessité d’être persévérante, la satisfaction du résultat, la fierté de la lutte pour la défense de tes valeurs, pour la construction de ton avenir, la réalisation de tes rêves et, on est à l’abri de rien, peut-être même un jour,
la reconnaissance !

« A cœur de vaillante, rien d’impossible », mon Cœur.
Alors, file, mon Impétueuse, piquer le ballon à Etienne et lui montrer que t’es capable de marquer un but !
Travaille à la concrétisation de tes aspirations professionnelles, quelque soient leurs GENRES.
Obstine-toi, garde confiance et réinvente ! Institutrice-Pompière ?
Il doit bien exister des moyens d’enseigner du lundi au mardi et d’éteindre des feux le reste de la semaine !
(D’ailleurs, me trompe-je ou dans la plupart de nos professions, c’est déjà le cas, au sens figuré du terme … ?)
Mais je n’ai pas encore répondu à l’ensemble de tes interrogations. J’aime à penser que tu auras l’occasion de changer la peu réjouissante réalité de certaines réponses.
Nous le ferons ensemble, moi au présent, toi pour l’avenir. Comme ta Mamie par le passé …
Ca paraît long, c’est souvent fastidieux, mais ça en vaut la peine qu’on se donne.
Juste quelques petites précisions, tout de même :
Papa rentre plus tard du travail parce que son travail est à son bureau. Et c’est vrai qu’il travaille beaucoup.
Maman, qui travaille tout autant, s’est organisée pour que son bureau soit aussi à la maison et cette organisation lui coûte un peu plus cher, c’est en partie pourquoi elle gagne moins de sous que Papa (pour l’instant …).
D’ailleurs, maman, qui travaillait bien à l’école (mais pouvait toujours mieux faire – arf ! –) a eu un premier métier qui lui rapportait quelques sous mais ne lui plaisait plus.
Elle décida alors, un peu envers et contre tous préjugés et jugements, d’en changer pour faire quelque chose qui la transporte d’avantage.
Et depuis, elle travaille même en mélangeant plusieurs activités qui lui permettent de toujours apprendre et de ne pas se lasser, ce qui peut s’avérer tout aussi important que les sous qu’elle peut gagner (de son point de vue).
Tu entendras souvent que « l’argent ne fait pas le bonheur ».
et tu ouïras aussi :
qu’ « il y contribue »,
que c’est « le nerf de la guerre »,
ou même « alors rendez le ! »
Personnellement, j’aime assez clamer que
« tout travail mérite salaire » et de rajouter « équitable » ne serait pas du luxe !

On ne peut feindre d’amoindrir le caractère essentiel de l’argent comme source de liberté, d’indépendance, de sécurité … Ressources qui font cruellement défaut à l’existence des Femmes.
Tu vois, toutes ces notions sont intimement entortillées, en un nœud bien serré qu’on doit pourtant s’acharner à défaire.
Ma Chouquette à la crème, toi qui commence à aimer aussi le violet, comme beaucoup de petites filles de ta classe, et en pare allègrement et innocemment tes tenues vestimentaires et ton matériel scolaire,
reste en veille de ce qui se trame autour de toi, de ce qu’on t’inculque à l’insu de ton plein gré.
Analyse, décrypte, décode et nourrit ta prometteuse cervelle.
Continue d’observer, de t’en aiguiser l’esprit critique et même de t’en divertir !
~ Cela peut devenir un métier, ce n’est pas moi qui t’en convaincrai du contraire ~
Allez, Galinette Chérie,
je prends même quelques devants, faisant outrage à toutes les recommandations sur le libre-arbitre des enfants à choisir leur(s) voie(s) professionnelle(s)…
… C’est juste pour me conclure habillement et stylistiquement la chronique (rien de plus, promis, juré, craché (et puis nettoyé) par terre) …
…
Je proclame donc numériquement, en ce jour et sur la Toile, que
je te réserve les droits (et le devoir) d’un Blog Albane Ni Bleu Ni Rose.